Thème d’année 2026


Conduis nos pas au chemin de la Paix

Chaque Année Sainte incite les fidèles à partir en pèlerinage. Cela s’est encore vérifié l’année dernière. Rome a été littéralement envahie par les pèlerins, et de longues files de pèlerins se sont formées devant les basiliques pour franchir les portes saintes. Les pèlerinages ont le vent en poupe !

           Au sanctuaire de Banneux, nous repensons à cette année sainte avec beaucoup de gratitude. Le thème de « l’espérance », dont le défunt pape François nous avait fait cadeau, a touché les pèlerins. Probablement parce qu’en ce moment, nous avons beaucoup de mal à avoir confiance en l’avenir. C’est notamment la peur d’une éventuelle guerre qui inquiète profondément de nombreux contemporains.

      Le soir même de son élection, le nouveau pape Léon XIV a exprimé le vœu de paix pour tous. Depuis, il ne se lasse pas de mettre la paix au centre de ses préoccupations. Il encourage toutes les personnes de bonne volonté à s’engager de toutes leurs forces en faveur de la paix.

  Pour le sanctuaire de la Vierge des Pauvres, la paix a toujours été une préoccupation centrale depuis le début. Surtout depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Banneux est un lieu où l’on prie sans relâche pour la réconciliation et une coexistence pacifique.

  Depuis 1958, le cierge de la paix brûle jour et nuit. Depuis septembre 1960, la chapelle Saint-Michel invite à la prière pour la paix. Des croix et des monuments commémoratifs rappellent les terribles souffrances que la guerre, les persécutions ou la guerre civile ont infligées à tant de peuples. Des centaines de milliers de pèlerins éprouvés ont trouvé refuge et réconfort auprès de la Mère de Dieu et puisent à sa source force et courage pour faire face aux épreuves de la vie.

   Tout au long de cette saison de pèlerinage, nous nous tournons donc avec ferveur vers Marie et nous supplions : « Conduis nos pas au chemin de la paix ».

   À vous, chers organisateurs, nous adressons nos remerciements les plus sincères. Vous donnez beaucoup de votre temps et ne ménagez pas vos efforts pour proposer des pèlerinages aux fidèles. La paix, pour laquelle nous voulons prier tout particulièrement avec ferveur, devrait être une motivation et une incitation pour tous les participants à se mettre en route vers Banneux.

  N’hésitez surtout pas à faire appel à nous pour qu’ensemble, nous puissions offrir un agréable pèlerinage à tous !

 

                                                                                                         Avec toute ma gratitude.

Abbé Leo Palm, recteur

 


 

Le mois de janvier 1933 a été le grand tournant dans l’histoire du petit village de Banneux aux portes des Ardennes. Les huit apparitions de la Vierge des Pauvres à Mariette Beco ont fait de ce hameau un centre international de pèlerinages. La fin de ce mois de janvier 1933 a été un tragique tournant dans l’histoire de l’Allemagne, de l’Europe et du monde. Adolf Hitler prend le pouvoir. Beaucoup ne savaient plus à quel saint se vouer pour les sortir du marasme économique, politique et social et voyaient en Hitler un « homme providentiel ». Ils ne pouvaient pas se douter des arrière-pensées qui animaient cet homme et qu’il allait conduire l’humanité vers l’abîme.

Tsunami de violence et de mort

Pourtant quelques personnes lucides ont perçu rapidement le danger que représentait le nouveau régime. Déjà le 12 avril 1933, Edith Stein alertait le pape Pie XI par lettre qu’une grave menace planait sur les Juifs en Allemagne. Sans doute une des raisons qui ont poussé le pape à négocier le Concordat signé pendant l’été 1933. Dans son encyclique du 10 mars 1937 « Mit brennender Sorge » (Avec une vive inquiétude), le pape rappelle l’intention de l’accord : « Assurer en Allemagne la liberté de la mission bienfaisante de l’Église et le salut des âmes qui lui sont confiées, et (…) rendre au peuple allemand un service essentiel pour son développement pacifique et sa prospérité. » Quatre ans plus tard, la déception est au rendez-vous, car « l’arbre de la paix planté dans la terre allemande n’a pas porté les fruits désirés si ardemment. » « Les expériences des dernières années mettent les responsabilités en pleine lumière : elles révèlent des intrigues qui, dès le début, ne visaient qu’à une guerre d’extermination. Dans les sillons où Nous Nous étions efforcé de semer le germe d’une paix sincère, d’autres répandirent – tel l’inimicus homo de la Sainte Écriture – l’ivraie de la méfiance, du mécontentement, de la haine, de la diffamation, d’une hostilité de principe, soit voilée, soit ouverte, alimentée à mille sources et agissant, par tous les moyens, contre le Christ et son Église. Eux, et eux seuls, avec leurs silencieux ou leurs bruyants complices, sont aujourd’hui responsables si, au lieu de l’arc-en-ciel de la paix, c’est l’orage des funestes luttes religieuses qui se montre à l’horizon de l’Allemagne. »

Ce message papal est lu dans toutes les églises d’Allemagne le 21 mars 1937 et provoque les foudres du régime nazi. Car Pie XI n’a pas mâché ses mots : haine, hostilité et même ‘guerre d’extermination’. L’orage que le pape entrevoyait à l’horizon de l’Allemagne arrive avec une violence inouïe.

Lorsque le 2 mars 1939, le cardinal Eugenio Pacelli est élu comme successeur de Pie XI, il espère encore éviter la guerre par la diplomatie. Mais le 15 mars, Hitler envahit la Tchécoslovaquie. Le 1er septembre commence la guerre éclair contre la Pologne. Le 10 mai 1945, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg sont attaqués à leur tour.

Ce qui avait commencé à Berlin le 30 janvier 1933 touche également le petit hameau de Banneux que la Vierge Marie avait visité huit fois entre le 15 janvier et le 2 mars de la même année.

Hôpital de campagne

Le sanctuaire de Banneux s’est développé en quelques années. La petite chapelle désirée par la Vierge des Pauvres est construite en un temps record et bénie le 15 août 1933. Le château des Fawes est acquis et accueille les premiers malades que la Vierge invite à la source pour s’y ressourcer. Comme la distance entre le château et le sanctuaire ne facilite pas les pèlerinages, une hospitalité est construite sur le domaine. Les travaux sont achevés en novembre 1939 et les premiers malades sont attendus en mai ’40. Mais à leur place viennent les soldats allemands qui réquisitionnent le bâtiment.

La guerre interrompt les pèlerinages pendant cinq années. Mais Banneux ne chôme pas. Les colonies scolaires pour filles continuent leurs activités au château des Fawes. Les colonies pour garçons quittent Saint-Vith, annexée par les Allemands, et trouvent refuge dans la nouvelle hospitalité que les soldats allemands viennent de quitter.

Ces colonies sont un lieu qui se prête bien pour cacher les enfants des familles juives. Nous en avons souvent parlé dans notre revue. Même le rabbin Joseph Lepkifker et sa famille ont échappé à la mort grâce à l’engagement de chrétiens courageux. L’avocat Albert van den Berg, l’organisateur de cette forme de résistance, l’a même payé de sa vie.

Depuis 1933, et en particulier pendant la guerre, Banneux est un lieu de prière. Les fidèles ont répondu généreusement à l’invitation pressante de la Vierge des Pauvres de prier beaucoup. En dix ans de temps, l’Union Internationale de Prière, lancée par l’abbé Jamin dès l’automne 1934, connaît un succès extraordinaire. Des centaines de milliers de personnes y adhèrent.

Bien sûr, la prière suppliante monte de partout vers le ciel. Aussi d’une petite chapelle mariale à Rhöndorf, au bord du Rhin. Un certain Konrad Adenauer a trouvé refuge dans ce village. Les Nazis ont chassé le bourgmestre de Cologne qui rejoint les paroissiens dans leur prière pour tous les prisonniers de guerre peu importe leur nationalité.

« Une vague de paix »

Lorsque, en 1956, il découvre notre sanctuaire et le message de la Vierge des Pauvres, il est bouleversé et souhaite la construction d’une copie de la chapelle de son village dans le bois de Banneux. Le chancelier allemand, fervent catholique, veut mettre sur les rails une Europe réconciliée et pacifiée. Il ne suffit pas de réaliser l’Union du Charbon et de l’Acier. Il faut de solides fondations de foi et de prière.

Lors de la bénédiction de la première pierre de la chapelle Saint-Michel et Sainte-Jeanne d’Arc, l’Abbé Paul Adenauer, fils du chancelier, formule ce vœu : « Que Banneux devienne l’épicentre d’une « vague de paix » sur le monde entier. Je souhaite que dans cette chapelle, une prière fervente s’élève pour toutes les victimes de la cruauté des hommes et pour tous les bâtisseurs d’un monde nouveau. »

En cette année 2026, nous nous tournons vers la Vierge des Pauvres et nous la supplions : « Conduis nos pas au chemin de la paix ! »


La Paix ! La Paix !

Quand, le 11 octobre 1962, le pape Jean XXIII ouvre solennellement le concile Vatican II, le monde traverse une crise politique extrêmement inquiétante. Les USA viennent de découvrir que l’Union Soviétique est en train d’installer des armes nucléaires sur l’île de Cuba, des armes susceptibles de frapper les grandes villes américaines en quelques minutes. La guerre froide, qui avait donné lieu à de dangereux affrontements – notamment lors du blocus de Berlin –  pourrait déboucher sur une guerre nucléaire. A une attaque soviétique, les Américains pourraient riposter avec leur arsenal atomique stationné en Italie et en Turquie. Angoissé, « le monde retient son souffle ».

Lors de son discours du 12 octobre à l’adresse des « Missions extraordinaires » invitées à l’ouverture du concile, le pape exprime à haute voix ce qui habite le cœur de millions d’hommes et de femmes : « De tous les points de la terre, le cri angoissé des enfants innocents aux vieillards, des personnes aux communautés, monte vers le Ciel : la paix ! la paix ! ».

Le blocus de Cuba

Après la découverte des missiles sur le sol cubain, le jeune président JF Kennedy et son staff se voient contraints de réagir, d’autant plus que des bateaux russes chargés d’armes nucléaires se dirigent vers Cuba. La réaction est double : les Américains imposent un blocus aux navires soviétiques et menacent de bombarder les bases où les premiers missiles sont installés. La confrontation militaire entre les deux superpuissances semble inévitable.

Tous les canaux diplomatiques furent activés, notamment en direction du Vatican. Le pape, ce chef d’état sans pays et sans arsenal militaire, ne pouvait-il pas jouer un rôle apaisant ? D’autant plus qu’on était en présence de deux hommes susceptibles d’écouter le pape : après tout, Kennedy était le premier président catholique des Etats-Unis d’Amérique et Nikita Khrouchtchev avait manifesté par un télégramme sa sympathie à l’occasion du 80ième anniversaire du Pape.

En dépit de fortes résistances dans la curie romaine, le pape adressa le 25 octobre 1962 à midi un message « à tous les hommes de bonne volonté ». Ce message connut un retentissement médiatique des deux côtés. L’initiative de Jean XXIII fit la une du « New York Times » et de l’agence de presse TASS à Moscou.

Un vibrant appel radiophonique

« Seigneur, écoute la supplication de ton serviteur, la supplication de tes serviteurs, qui craignent ton nom » (Neem. 1, 11).

 Cette antique prière biblique monte aujourd’hui à Nos lèvres tremblantes du fond d’un cœur ému et affligé.

Tandis que vient de s’ouvrir le Deuxième Concile œcuménique du Vatican, dans la joie et l’espérance de tous les hommes de bonne volonté, voici que des nuages menaçants viennent assombrir à nouveau l’horizon international et semer la crainte dans des millions de familles.

L’Eglise — Nous le disions encore (dans le discours du 12 octobre) en accueillant les quatre-vingt-six Missions extraordinaires présentes à l’ouverture du Concile — l’Eglise n’a rien tant à cœur que la paix et la fraternité entre les hommes, et elle travaille, sans se lasser, à les établir. Nous rappelions à ce propos les graves devoirs de ceux qui portent la responsabilité du pouvoir. Et Nous ajoutions : « La main sur la conscience, qu’ils écoutent le cri angoissé qui, de tous les points de la terre, des enfants innocents aux vieillards, des personnes aux communautés, monte vers le Ciel : paix ! paix ! ».

Nous renouvelons aujourd’hui cette solennelle adjuration. Nous supplions tous les Gouvernants de ne pas rester sourds à ce cri de l’humanité. Qu’ils fassent tout ce qui est en eux pour sauver la paix. Ils éviteront ainsi au monde les horreurs d’une guerre, dont nul ne peut prévoir quelles seraient les effroyables conséquences.

Qu’ils continuent à traiter, car cette attitude loyale et ouverte a grande valeur de témoignage pour la conscience de chacun et devant l’histoire. Promouvoir, favoriser, accepter des pourparlers, à tous les niveaux et en tout temps, est une règle de sagesse et de prudence qui attire les bénédictions du Ciel et de la terre.

Que tous Nos fils, que tous ceux qui sont marqués du sceau du baptême et nourris par l’espérance chrétienne, que tous ceux enfin qui Nous sont unis par la foi en Dieu, joignent leur prière à la Nôtre pour obtenir du Ciel le don de la paix : d’une paix qui ne sera vraie et durable que si elle est basée sur la justice et sur l’équité. Et qu’à tous les artisans de cette paix, à tous ceux qui d’un cœur sincère travaillent au véritable bien des hommes, aille la grande bénédiction que Nous leur accordons avec amour au nom de Celui qui voulut être appelé le « Prince de la Paix ! » (Is. 9, 6).

Une encyclique-testament

Quatre heures avant la fin de l’ultimatum, le pape apprit que les deux superpuissances étaient parvenues à un accord. Les bateaux soviétiques faisaient demi-tour et les missiles à Cuba allaient être démantelés ; les Etats-Unis prirent l’engagement de ne pas envahir Cuba et de retirer les missiles d’Italie et de Turquie.

La troisième guerre mondiale avait été évitée de justesse. Devant l’ampleur de la menace nucléaire, le pape décida d’écrire l’encyclique Pacem in terris, « mon testament », comme il disait lui-même. Il la signa solennellement quelques jours avant sa mort.

On comprend dès lors qu’un des biographes du bon pape Jean ait choisi comme sous-titre de son livre : « Une vie au service de la paix ». (Freddy Derwahl, Johannes XXIII., Ein Leben für den Frieden, Knaur 2004)