Pacem in terris

Pacem in terris

Il y a fort à parier que la plupart des homélies en cette fête de Noël évoqueront la paix. Car la paix est au cœur des lectures de ce soir (jour). En Jésus vient le prince de la paix. Le bâton des tyrans sera brisé, promet Isaïe, et le prince de la paix sera établi solidement sur son trône. Une ère de paix durable est en vue. L’évangile confirme : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ! » Une troupe innombrable d’anges entonne ce chant. Oui, gloire à Dieu, car sur la terre, l’œuvre de salut pour tous les hommes entre dans sa phase décisive.

L’évangile de la paix  (Ep 6, 15)

Un ange suffit pour s’adresser aux bergers : « Je viens vous annoncer une Bonne Nouvelle : un sauveur vous est né. » Mais il faut toute l’armée céleste pour proclamer l’impact de cette naissance sur l’humanité : « Paix sur la terre ! »

Vous vous dites peut-être en vous-même : qu’est qu’il raconte là ? Où est donc l’impact de cette naissance sur notre humanité ? Qu’en est-il de cette paix sur terre ? Ce ne sont pas des troupes célestes qui vont apparaître au-dessus de l‘Ukraine, de la Syrie, du Yémen ou du Kurdistan. La nuit va s’éclairer, non de la gloire de Dieu mais à cause des explosions et demain, au lever du jour, on pourra mesurer l’impact en vies humaines, en dégâts matériels, en infrastructure détruite…

Et pourtant, cette annonce de la paix fait intégralement partie de Noël. Elle fait d’ailleurs partie de toute la Bonne Nouvelle, de tout l’Evangile. Les anges annoncent la paix à la naissance du Sauveur. Jésus lui-même évoque la paix la veille de sa mort. Elle fait partie de l’héritage qu’il nous laisse. « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » (Jn 14, 27) Il ne s’agit pas d’un souhait ou d’un bon vœu, mais d’un don, d’un cadeau. Mais il ajoute aussitôt : « Ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. » Ne pas se troubler ? Ne pas avoir peur ? Mais Jésus va souffrir et mourir d’une mort atroce. Comment avoir le cœur en paix ?

Trois jours plus tard – au grand étonnement des disciples – le Seigneur revient. Et quelle est sa première parole ? « La paix soit avec vous ! » Il souffle sur eux et leur donne, encore une fois, le cadeau de la paix. C’est son cadeau de Noël, mais aussi son cadeau de Pâques, un don qu’il veut nous offrir tous les jours.

« Mais les chrétiens ne vivent pas dans un monde à part, » m’objecterez-vous. Tout à fait d’accord. Il n’y a pas de régime de faveur parce qu’on est chrétien. Nous traversons les mêmes crises que tout le monde, nous connaissons les mêmes difficultés, les mêmes soucis, les mêmes tracas, les mêmes angoisses. Dans tout cela, Jésus dit des paroles très étonnantes : « Je vous dis : ne vous inquiétez pas pour votre vie », pour la nourriture, les vêtements… Qu’est-ce à dire ? Est-ce une invitation à l’insouciance ? A vivre au jour le jour et à ne rien faire ? Bien sûr que non ! Saint Paul a repris le conseil de Jésus et indique clairement ce qu’il y a lieu de faire : « Ne soyez inquiets de rien ! Mais en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui surpasse tout ce qu’on peut connaître, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. » (Ph 4, 6-7)

L’antidote à l’inquiétude  

Quand nous ruminons nos inquiétudes et nos préoccupations, nous sommes semblables à un homme qui s’assied dans un fauteuil à bascule. Il se balance toute la journée, en avant, en arrière, mais quand il quitte son fauteuil, il est toujours au même point. Que nous recommande l’apôtre ? La prière, en toute circonstance. Nous tourner vers Dieu, le prier, le supplier même, tout en disant merci, ce qui est un signe de confiance. Est-ce que cette prière offre immédiatement des solutions aux problèmes ?  Non, mais le Seigneur donne sa paix. Et cette paix devient comme un bouclier qui protège mon cœur et mon esprit et les garde dans le Christ Jésus.

Quelqu’un me disait un jour : « Quand les problèmes s’accumulent et risquent de me submerger, je fais une longue promenade et j’ai une longue conversation avec Celui d’en-haut. Quand je reviens, ma femme me demande : « Alors, le problème est résolu ? » Pas nécessairement. Mais je suis en paix, l’inquiétude ne ronge plus mon cœur et mon esprit. La paix de Dieu est bel et bien là, et elle m’apaise. J’ai l’âme en paix ! »

L’antidote contre l’inquiétude et l’angoisse, c’est la prière.

Saint Luc rapporte des paroles de Jésus qui sont pratiquement identiques. Il nous encourage à adresser nos demandes au Père des cieux. Un don nous est accordé à coup sûr : « Le Père céleste donnera l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. » (Lc 11, 11) Et un des fruits de l’Esprit, c’est la paix (Ga. 5, 22) « Amour, joie, paix… »

« Mais, mes enfants, priez ! »

Dans tous les lieux d’apparitions mariales, il y a une constante dans les messages : la nécessité, voire l’urgence d’une prière persévérante.

« Priez beaucoup, » dit-elle à trois reprises ici, à Banneux. Mais il y a plus spectaculaire que ça. Marie est apparue dans un village où les paroissiens s’étaient découragés et avaient perdu la foi en la prière. Je veux parler du petit village de Pontmain, dans le Nord-Ouest de la France, en Mayenne pour être précis. Au 19ième siècle, ce petit village perdu dans la campagne comptait 400 habitants. Dans ce hameau abandonné par l’Eglise, la maison de Dieu tombait en ruine. Un jour, l’abbé Michel Guérin d’une paroisse voisine est appelé pour donner les derniers sacrements à un mourant. Il est tellement touché par la misère spirituelle de ces gens qu’il demande à l’évêque de l’y envoyer comme pasteur. L’évêque accepte. Le défi est énorme : il faut restaurer l’église paroissiale, et susciter une vie chrétienne. Ayant une grande dévotion mariale, l’abbé décide d’offrir une statuette de la Vierge Marie à chaque foyer. Tous les soirs, on y prie le chapelet. Le village devient une communauté chrétienne vivante et priante.

Eclate la guerre franco-allemande de 1870-71. 38 hommes du village sont mobilisés. Le dimanche 15 janvier 1871, après la messe, le curé invite tout le monde à se retrouver à l’église le soir pour prier le chapelet. Les villageois se présentent bel et bien, mais quand il veut entonner le cantique « Mère de l’espérance », l’assemblée se tait. Elle refuse même de prier. A quoi bon prier ? L’ennemi est à quelques dizaines de kilomètres et ne cesse d’avancer. Et que deviendront les jeunes gens partis à la guerre ? Toute la force de conviction du curé ne sert à rien. Ses chrétiens font grève !

Le mardi 17 janvier vers 18h, quelques gamins rentrent pour souper. Au-dessus d’une grange, ils voient une belle dame.  Elle restera là pendant trois heures, silencieuse, un crucifix en main. Sous ses pieds apparaît un message : « mais, priez, mes enfants. Dieu vous exaucera en peu de temps… Mon Fils se laisse toucher ! » Déjà pendant l’apparition, la communauté a repris sa prière et une prière mariale de trois heures s’est déroulée en plein air. Les paroissiens se sont bien rattrapés pour le dimanche et le lundi, les jours sans prière.

Et Notre-Dame de Pontmain n’a pas dit des paroles en l’air : l’avancée de l’armée allemande s’est arrêtée et les 38 hommes sont tous revenus de la guerre sains et saufs.

« Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos esprits dans le Christ Jésus… Au reste, tout ce que vous avez appris, reçu, entendu de moi ; observé en moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous ! » (Ph 4, 4…9)

Joyeux Noël.

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